Excessive – billet #1

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Texte par Alexandra Hay

Est-ce que les comportements excessifs et destructeurs ne seraient pas le symptôme d’un amour propre inexistant ?

Il est complexe de faire émerger à la conscience cette conviction fondamentale d’être indigne. Pourtant, il doit bien y avoir quelque chose qui m’a poussée à m’autodétruire. Si cette croyance envers moi-même n’existait pas alors pourquoi, pendant de si longues années, je me suis traitée comme un être méprisable ?

Pendant la majeure partie de ma vie je me suis infligé des blessures physiques et psychiques étant convaincue que je les méritais.  À quelque part, il y avait cette petite voix qui savait que ce n’était pas le cas mais celle-ci a longtemps été qu’un murmure tentant de se faire entendre à travers un chaos de dissonances.

J’ai lu, analysé et tenté de comprendre les causes de cette faille dans mon être. J’ai utilisé plusieurs moyens qui suscitaient en moi le sentiment de recoller les morceaux de la personne fragmentée que j’étais. Le vide que j’ai dans le cœur, la soif d’intensité, de reconnaissance, le surinvestissement dans mon apparence physique pour ne nommer que cela.

Je me détestais mais j’étais certaine que quelqu’un d’autre que moi écrivait mon propre livre. Je me sentais misérable mais c’est tout ce que je connaissais.

Mon enfance m’a donnée des raisons de continuer de me victimiser, de pleurer sur mon sort et d’en vouloir au monde entier. J’ai craché mon venin sur des gens innocents, j’ai consommé de l’alcool et de la drogue en quantité phénoménale. Je me détestais mais j’étais certaine que quelqu’un d’autre que moi écrivait mon propre livre. Je me sentais misérable mais c’est tout ce que je connaissais. Le bonheur était pour moi, les quelques heures quotidiennes où j’étais anesthésiée par ces substances. Lors de ces courts moments, je ne ressentais plus le manque, l’angoisse et les doutes à propos de moi-même. Paradoxalement, à chaque fois que je consommais, je validais cette certitude que j’entretenais à mon égard me disant que j’étais quelqu’un d’abjecte.

La première gorgée est exaltante presque jouissive. Après 3 bières, j’ai l’impression d’être la personne que je voudrais être en permanence. Après 5 bières, j’ai besoin d’un plan pour continuer à boire car mon 6 packs tire sur la fin. Si je vais en racheter, je vais fort probablement me réveiller dans le lit d’une personne ayant très peu de respect pour moi. Peut-être, aussi, qu’à ce stade j’attends mon taxi pour m’en aller rejoindre mon dealer dans un bar miteux et terminer la nuit complètement torchée.

Dans le meilleur des cas, je m’en vais acheter un autre 6 pack, à pied, pour retourner boire toute seule chez moi. Dans le meilleur des cas, j’ai texté mon fuck friend et il voit mon message sans me répondre. Après 10 bières, je m’endors ivre morte dans mon lit. Ça c’est le meilleur des cas…

À mon réveil, je n’ose pas relire mes messages textes. Je ne me souviens plus de ce que je lui ai écrit mais j’ai trop envie de vomir pour m’en soucier. Au moins, je suis seule pour constater dans quel état pitoyable je me trouve. J’ai manqué mes deux cours du matin à l’université et j’ai une rencontre d’équipe dans 15 minutes.

Je m’habille en vitesse et j’ose me faire cette ultime promesse que je ne tiendrai pas : ’’ je ne bois plus, c’était la dernière fois… ‘’