De l’enfer à la lumière

Texte par Renaud S.

Déjà, à 8 ans, j’ai compris que la drogue pouvait devenir une façon de rire au lieu de pleurer. 

Mon nom est Renaud. Je m’apprête à vous raconter ma vie.  Je vous avertis, c’est rocambolesque à un point pratiquement inimaginable! Je le fais pour aider ceux et celles qui croient encore que leur vie ne peut pas changer. Car oui, tout est possible.

La première fois que j’ai consommé, j’avais 8 ans. C’était avec mes cousines plus vieilles.  Comme il n’y avait pas de grenouille, ils ont fait fumer leur petit cousin! J’ai tiré sur le joint et tout d’un coup, wow.  Je me suis mis à rire pendant des heures! Déjà, à 8 ans, j’ai compris que la drogue pouvait devenir une façon de rire au lieu de pleurer. Dès mon jeune âge, j’ai été battu et abusé par ma mère. Mes parents se sont séparés alors que j’étais encore un bébé.  Quand j’ai tiré sur ce joint, j’ai cessé de voir pendant un instant le monde de tristesse que je vivais intérieurement. Dès cet âge, j’ai compris que la drogue deviendrait ma meilleure amie.

Résultat?  À 18 ans, j’ai été jugé comme un adulte et j’ai reçu une sentence de 6 mois de prison.

Vers l’âge de 12 ans, j’ai débuté à consommer de façon régulière. Comme tout jeune un peu téméraire, j’ai débuté par la consommation d’alcool qui s’est suivi par la marijuana et le haschich. Avec mes chums du temps, nous faisions les 100 coups. Je me suis alors fait arrêter quelques années plus tard pour vol de bijou dans une maison. On m’a donné des heures de travaux communautaires. J’ai compris alors comment faire de l’argent rapidement.

Vers l’âge de 16 ans, je me suis rapproché d’une de mes cousines qui faisait pousser du « pot » et un jour ou je gardais ses enfants, à l’âge de 17 ans, la police débarque pour saisir la marchandise. J’aimais ma cousine. À l’époque, je ne voulais aucunement qu’elle perde la garde de ses enfants pour avoir commis ce geste. J’ai alors décidé de prendre le blâme pour la plantation de cannabis. Résultat? À 18 ans, j’ai été jugé comme un adulte et j’ai reçu une sentence de 6 mois de prison. Mes premiers pas dans la vie adulte se sont fait dans les couloirs de la prison de Bordeaux.

Après 4 mois, j’ai été libéré et je suis allé vivre chez une autre cousine qui consommait de la drogue. J’ai alors été confronté à la drogue dure : la cocaïne et le crack. J’ai débuté la consommation de ces drogues et pendant des mois, je pouvais consommer sans dépenser car ma cousine travaillait comme danseuse et elle payait souvent la consommation. Le tout a duré environ 3 ans. Au cours de ces trois années, j’ai été condamné à 13 mois de prison pour vol de voiture et délit de fuite. Ma vie de criminel était bien entamé et ma vie de toxicomane aussi.

À ma sortie de prison, j’ai continué à consommer des drogues. À plusieurs reprises, j’ai même sniffé de la colle pour obtenir un buzz! Je n’avais pas beaucoup d’argent alors on se gèle comme on peut dans ce genre de situation. J’avais maintenant 22 ans, près de 2 ans de prison en arrière de la cravate et le crime ne me faisait aucunement peur. J’ai alors volé un camion qui m’a mené à une autre arrestation : 6 mois de prison.

J’avais alors 23 ans, sans rien devant moi.  Je marchais dans le Plateau et j’ai alors rencontré un itinérant en train de quêter devant la pharmacie.

En quittant les murs de béton, ma cousine m’a dit qu’elle ne pouvait pas me reprendre car elle voulait éviter les problèmes.  Je suis alors déménagé sur la rive-sud de Montréal.  Je dormais dans les bois!  Un jour, des amis m’ont présenté une fille.  Je suis tombé en amour avec elle sur le coup!  Nous avons décidé d’emménager ensemble et comme elle consommait également, j’ai ajouté des drogues à ma longue liste : speed et amphétamines.  C’est alors que j’ai fait plusieurs vols pour avoir de l’argent pour consommer.  Ayant joint une bande de « tannants », j’ai fait du « temps » pour une très grosse sentence. 16 mois : introduction par effraction, vol d’arme à feu et vol de véhicule.  Tout ça par amour et pour que ma blonde de l’époque ne manque de rien, y compris sa consommation. Toujours en couple avec elle lors de ma libération, j’ai appris par des amis qu’elle m’avait trompé tout au long de ma sentence avec les gens que j’avais cherché à protéger.  Me sentant trahi, j’ai alors quitté la rive-sud pour revenir à Montréal avec un camion volé.

J’avais alors 23 ans, sans rien devant moi. Je marchais dans le Plateau et j’ai alors rencontré un itinérant en train de quêter devant la pharmacie.  Il s’appelait Steve G. de la Gaspésie. Il voulait retourner voir sa sœur.  Pourquoi pas la Gaspésie?  Je n’avais jamais voyagé! Sur un coup de tête, j’ai invité Steve dans la camionnette pour nous diriger vers la Gaspésie! Un magnifique voyage! C’était magnifique. J’ai visité la région, vu le fameux Roché Percé, admiré les paysages, senti l’odeur de la mer… Un moment magique.

À 29 ans, j’ai contracté l’hépatite C car mon colocataire qui avait la maladie et nous partagions les mêmes seringues.

Chassez le naturel et il revient au galop! J’ai 25 ans. Ma vie s’écroule. Je suis rendu pensionnaire à la Maison du Père. Je décide alors d’entreprendre une thérapie à Toxico Gite dans la région d’Orford. J’ai rencontré la sœur d’une vedette québécoise. Elle m’a beaucoup aidé par ses précieux conseils jusqu’au moment ou j’ai appris la pire nouvelle que je pouvais apprendre. Mon jeune frère venait de mourir dans un accident de VR.   J’ai quitté avant la fin de la thérapie et la rechute fût la pire : alcool, pot, coke, et c’est à ce moment que j’ai commencé l’héroïne pendant 3 ans et ensuite la morphine par intraveineuse. À 29 ans, j’ai contracté l’hépatite C car mon colocataire qui avait la maladie et nous partagions les mêmes seringues.

Un soir, je suis derrière un restaurant en train de préparer ma seringue pour me piquer.  Au même moment, une infirmière est passée près de moi. Elle était infirmière de rue. Elle me dit : « je connais tes amis et je sais que tu as une hépatite.  Tu savais que tu pouvais guérir? ».  J’ai alors eu comme une sorte de révélation. J’ai jeté la seringue aux poubelles.  J’ai entrepris une autre thérapie, celle-ci au Sentier du Nouveau Jour dans les Laurentides.

J’ai entrepris le traitement hépatite C et aussi adhéré au programme de méthadone.  Le traitement durait 1 an et m’a guéri. J’ai fait ma thérapie qui a duré 6 mois et de 30 ans à 33 ans, j’ai été enfin sobre pour la première fois. J’avais un appartement à Sainte-Agathe-des-Monts et un emploi. J’allais dans un meeting pratiquement chaque jour. J’allais bien, les fraternités m’aidaient à être en paix avec moi-même jusqu’à ce qu’une autre épreuve traverse ma route.

J’étais épuisé de n’avoir aucun répit de la vie. Encore une autre épreuve!  Que pensez-vous que j’ai fait?  Bien oui !  J’ai rechuté à l’hôpital. 

J’avais des douleurs au ventre qui devenait de plus en plus difficile à supporter.  J’avais tellement mal. Après plusieurs visites chez le médecin, on ne savait pas ce que j’avais.  Les médecins voulaient augmenter ma méthadone pour diminuer la douleur mais j’ai dit non. En quelques mois, j’ai passé 210 livres à 124 livres! J’ai alors été hospitalisé à Ste-Agathe qui n’a rien trouvé mais la douleur était insupportable. J’ai cru mourir. Mon père est alors venu me chercher pour aller dans une ressource de la région de Valleyfield et j’ai été hospitalisé à nouveau pour des douleurs extrêmes au ventre. On a enfin découvert mon mal. À 34 ans, on m’a diagnostiqué la maladie de Crohn.

J’étais épuisé de n’avoir aucun répit de la vie. Encore une autre épreuve! Que pensez-vous que j’ai fait? Bien oui ! J’ai rechuté à l’hôpital.  Je me faisais livrer ma drogue sur ma civière! À chaque fois que la douleur se pointait, je consommais pour me soulager. Une de mes cousines est venue me proposer de m’héberger à une seule condition : ne pas consommer.  Après une xième rechute et plusieurs séjours à l’hôpital, je me suis ensuite dirigé vers l’organisme Le Cactus sur Ste-Catherine ou on m’a suggéré de retourner en thérapie, cette fois-ci à Sherbrooke.

On a procédé à l’ablation de près d’un mètre de mon intestin.  Sans cette opération, je serais mort aujourd’hui.   

Après quelques semaines, la douleur au ventre est revenue de façon très intense. Incapable de bouger, j’ai été admis à l’hôpital qui m’a renvoyé quelques heures plus tard prétextant que je simulais la douleur. J’ai voulu y retourner dès mon retour au centre de thérapie ce qu’on m’a refusé. Pendant une nuit complète, j’ai été en boule à souffrir le martyr jusqu’au moment où le centre hospitalier a rappelé en urgence. Je devais me faire opérer d’urgence car mes intestins étaient obstrués. On a procédé à l’ablation de près d’un mètre de mon intestin.  Sans cette opération, je serais mort aujourd’hui.

Suite à mon opération, je suis retourné chez une de mes cousines pendant 6 mois. J’ai recommencé à consommer encore une fois pour calmer la douleur, encore une fois par une seringue. Je  suis ensuite déménagé chez un vieil homme qui me laissait dormir sur le plancher à Montréal. Les médecins refusaient de me donner des médicaments sachant que je consommais à nouveau. J’étais en train de mourir sur le plancher.  J’ai rappelé le Sentier du Nouveau Jour qui a accepté de me reprendre pour une 3ième fois. J’ai pu reprendre le programme de méthadone.  À 36 ans, j’ai compris que je devais accepter les choses que je ne peux changer. J’ai la maladie de Crohn pour le reste de ma vie et j’ai dû l’accepter. J’ai dû accepter mes erreurs du passé pour regarder vers l’avant. C’est alors que les choses ont commencé à se replacer et j’ai terminé ma thérapie. J’ai mon diplôme que j’ai encadré qui signifie que j’ai réussi à me battre contre mes démons.

Ne pas se choisir, c’est se laisser mourir et plus jamais je vais laisser la drogue gagner sur moi. Je mérite mieux et toi qui lit ce texte : tu mérites mieux aussi.

Depuis le 1er mars, je suis dans une maison de réinsertion sociale dans les Laurentides. J’ai rencontré une femme magnifique qui m’aime en sachant mon passé car elle a découvert qui je suis. Un homme sensible qui aime la vie et qui veut profiter de chaque moment de bonheur. Je travaille depuis quelques semaines et je fais du bénévolat. J’ai enfin retrouvé le goût à la vie.  Ça fait maintenant plus d’un an que je n’ai pas consommé. Je repense à ma vie parfois et combien je me suis compliqué la vie pour arrêter de souffrir alors que la solution était en moi depuis si longtemps.

J’ai écrit mon histoire aujourd’hui pour convaincre ne serait-ce qu’une personne qui a un vécu similaire au mien de se choisir une bonne fois pour toute. Ne pas se choisir, c’est se laisser mourir et plus jamais je vais laisser la drogue gagner sur moi. Je mérite mieux et toi qui lit ce texte : tu mérites mieux aussi.

 

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