Libre d’être

Texte par Isabelle Houle

Je m’appelle Isabelle et JE NE SUIS PAS une alcoolique/borderline.

Je m’appelle Isabelle et je suis Libre d’Être.

Un jour où Bell à cause pour la cause des problèmes de santé mentale et nous invite à en faire autant, j’ai publié ce billet, en toute humilité. Parce que l’antidote à l’isolement est, je le crois,  la communication et le partage avec son prochain.

Si tu es à cheval sur l’anonymat, ne lis pas ça.  Pour ma part, j’ai dû assumer ma consommation en publique, j’assume donc mon rétablissement. Je crois qu’il est de notre responsabilité collective de partager nos succès afin de donner de l’espoir à ceux et celles qui se battent encore.

Alors, voilà :

Je m’appelle Isabelle et je me rétablie d’une dépendance à l’alcool et d’un trouble de personnalité limite.

Je m’appelle Isabelle et JE NE SUIS PAS une alcoolique/borderline.

La nuance est importante. Ces étiquettes qu’on s’empresse d’apposer sur une expérience peuvent miner le rétablissement et inviter à l’apitoiement. Il ne s’agit pas de nier quoi que ce soit mais plutôt d’appeler un chat un chat. Et de se sacrer patience!

Je m’appelle Isabelle et je suis une être humain dotée de sensibilité. C’est le propre de l’être humain de sentir et ressentir des émotions. C’est le propre de l’expérience humaine de créer des scénarios et c’est tout aussi humain de se rigidifier devant ce qui est inconfortable ou déplaisant en s’agrippant, repoussant, ou ignorant. Il est  donc tout aussi naturel de trouver des stratégies pour se préserver des souffrances causées par toutes ces formes de résistances.

Toutefois, tous les êtres humains ne ressentent pas les choses avec la même intensité. Dans mon cas, ce qu’on appelle le trouble de personnalité limite – puisqu’il faut donner un nom à tout- fait en sorte que je suis traversée par les expériences à la vitesse de la lumière et avec une amplitude considérable et ce,  qu’elles soient agréables, désagréables, neutres, réelles ou perçues.

Si je ressens de l’amour, je suis prête à donner ma vie.

Si je ressens de la haine, je suis prête à détruire

Si je ressens un vide, je suis prête à mourir.

Le sentiment de trahison est toujours aux aguets et saute sur toutes les occasions pour me raconter que je ne suis pas assez, particulièrement pour ceux que j’aime. Quand il fait son apparition, sans que j’y sois préparée, j’ai l’impression qu’on m’a aspergée d’essence puis qu’on a craqué une allumette. Il n’y a pas d’autres mots, ça brûle, littéralement et c’est insupportable. Dès lors, le mode attaque s’active et je suis même allée jusqu’à agresser physiquement des personnes que j’aime sincèrement. S’en est évidemment suivi la honte et la culpabilité, jusqu’à l’envie de mourir.

Ces comportements sont aussi des mécanismes de survie, de vaines tentatives de prendre le contrôle, de se sentir en sécurité.

Une autre stratégie a été pour moi la consommation d’alcool. Pendant 23 ans, il m’a sauvé la vie.  Grâce à lui, j’ai pu me mettre à l’abri des « attaques » du monde extérieur et il a contribué à apaiser les intensités émotionnelles. Cependant, au fil du temps, l’alcool a également contribué à nourrir les souffrances. La dépendance est un mécanisme de protection qui vise à combler un manque et donne le sentiment de contrôler son environnement qui est, en soi, incontrôlable. Elle nous permet, pour un instant, de tolérer l’intolérable mais il s’agit encore d’un refuge inadéquat, autodestructeur. Une illusion.

Au bout de ces années d’errance morbide, épuisée et malade physiquement, j’ai dû abdiquer et m’avouer vaincue; les moyens que j’avais mis en place jusque là ne remplissaient plus leurs fonctions. Je devais renoncer à la substance et aux comportements destructeurs ou je ne m’en sortirais pas vivante.  J’ai pris la décision de prendre ma vie en main. Mais par où commencer?

J’ai brisé le silence, l’isolement et j’ai appris à mieux me comprendre, à mieux me connaître.

D’abord, j’ai cessé de consommer. Après quelques mois  d’abstinence, j’ai effleuré le programme des 12 étapes. Je me croyais encore toute puissante et comme je pratiquais le yoga et la méditation, j’ai cru que ce serait suffisant. Je n’avais pas tout à fait tort; parfait pour ne pas consommer mais insuffisant pour me mettre à l’abri des intensités et retrouver ma joie de vivre. Par conséquent, les comportements dommageables ont comblé le vide laissé par l’alcool et je me suis mise à faire des crises. Heureusement, j’ai la chance d’avoir un médecin merveilleux et à l’écoute. Après un an d’abstinence d’alcool, il a accepté de me donner le diagnostic du trouble de personnalité limite en prenant bien soin de me rappeler que la sensibilité qui m’habite n’avait pas fait que du ravage : « Ce type de personnalité ne vient pas qu’avec des problèmes. Tu possèdes également de grandes qualités sur lesquelles tu peux t’appuyer pour construire ta vie. » . Quel soulagement ! Grâce à ce diagnostic, j’ai pu trouver de l’aide dans un groupe de thérapie au CLSC. J’ai brisé le silence, l’isolement et j’ai appris à mieux me comprendre, à mieux me connaître.

J’ai solidifié ma pratique de yoga et de méditation auprès d’une merveilleuse professeure qui a su reconnaitre cette souffrance et qui m’a amenée à poser un regard doux sur moi.  À ses côtés mais aussi au sein d’une sangha, un mot sanskrit qui veut dire communauté, j’ai commencé à me laisser appartenir à un groupe et à en reconnaître la nécessité pour vivre une vie heureuse.

Je goûte enfin à la liberté d’Être exactement comme je suis : intense, généreuse, passionnée, drôle, bienveillante, aimante, loyale. 

Puis, je suis retournée vers le programme des 12 étapes. Je suis retournée vers la fraternité, vers la communauté d’êtres humains sensibles qui eux aussi, à un moment donné, ont trouvé refuge dans les mêmes comportements nuisibles que moi.

Aujourd’hui, trois ans plus tard, les intensités émotionnelles sont encore présentes. La vie demeurera toujours la vie, avec ses vagues tantôt douces, tantôt tempêtes. Cependant, grâce à la foi en mon rétablissement, à la communauté à laquelle j’appartiens et vers qui je peux me tourner et aussi grâce à la pratique du yoga et de la méditation – qui me permet de mieux me connaître, de me laisser traverser par ce qui est, sans résistance, d’aimer toutes les facettes de mon humanité – boire ne fait plus partie des options. Je suis à l’abri, en sécurité. J’ai enfin trouvé refuge à travers la discipline, le service aux autres et le partage. Je goûte enfin à la liberté d’Être exactement comme je suis : intense, généreuse, passionnée, drôle, bienveillante, aimante, loyale.

Enfin, sur une belle notre d’espoir, grâce à ma pratique dédiée au rétablissement et au bonheur, je n’ai eu aucune manifestation du trouble de personnalité limite depuis un an!

Parlez, partagez. Faites-le aussi après demain, la semaine prochaine, dans un mois… Que tous les jours on puisse causer pour la cause.  Nous sommes tous et toutes ensemble dans cette aventure ! Nous sommes Un !

Sacrez-vous patience, vous êtes parfait-e-s !

Amour et gratitude

 

 

 

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