Souvenir de début de cheminement!

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Témoignage par Patricia D.

Moi, il a fallu que je vois le fond, que je m’enfonce tranquillement jusqu’à ne plus être capable de me regarder dans le miroir à cause de la honte de voir la personne que j’étais devenue.

Voici une tranche de vie pour personnes averties et ouvertes d’esprit !

Les gens qui me connaissent personnellement savent très bien que la Patou a bien souvent caché derrière un grand sourire de bien grandes bibittes. Excessive de nature, je me considère faire partie de ceux et celles qui sont du genre “toute ou pantoute”! Ne faisant rien à moitié, autant dans mes projets que dans mes moments d’émotions intenses ! Pour les personnes émotives, il vient un moment où le presto est toujours sur le bord de sauter et toutes les occasions sont bonnes pour fêter quelque chose… N’ayant pas une soif quotidienne , je me pensais à l’abri… Mais quand je décidais que c’était à soir que ça se passait.. What the shoutttttt !! J’avais un problème, pas de contrôle !!

Combien de fois j’ai demandé à des ami(e)s : “veux-tu bien me dire c’est quoi le signe qui te fait arrêter de boire ?” Bien moi cette switch-là, elle ne fonctionnait pas. Le feeling, (ah seigneur!) être menteuse, je vous dirais que je n’aimais pas ça… Mais j’adorais me sentir en état d’ivresse, légère, être moins gênée (comme si j’avais besoin de l’alcool pour ça…) J’avais découvert, en buvant, que je pouvais parler de mes émotions sans filtre et sans retenue. Ben oui. Jusqu’à temps que ça déborde et que l’étape qui vient pas très longtemps après du : “J’t’ai tu déjà dit que je t’aime toé ?” Et ensuite, l’étape où on braille comme une Madeleine pis qu’on dit des affaires qu’on regrette mais avec un grand fond de vérité ! J’ai fait de moi une vraie folle, bien plus souvent qu’à mon tour. Je vous épargne les débarques et les bleus. Et il y a un moment où sans trop s’en rendre compte, on réalise qu’on a perdu le contrôle, pour de bon. Ouvrir une bouteille de vin et ne pas être capable de s’en tenir à une coupe. Moi, il a fallu que je vois le fond, que je m’enfonce tranquillement jusqu’à ne plus être capable de me regarder dans le miroir à cause de la honte de voir la personne que j’étais devenue.

Ceux qui ont arrêté de boire vont comprendre que c’est un deuil quand on aime prendre un verre, on se sent soudainement pas assez intelligent pour faire comme les autres, boire juste un verre. Mais non, quand on a pas de contrôle on ne peut pas prendre une gorgée.

Mais j’ai été mise au monde avec une capacité extraordinaire de parler de mes abus. J’envoyais tranquillement des SOS à mes proches. Mais quand même, il aura fallu que je touche le fond. Et je vous jure que ça peut être creux en criss un fond. Le jour est finalement venu d’affronter la réalité et de régler mon problème d’alcool et de drogue. Ben oui, je l’ai dit ! On m’a souvent dit : ” je te comprends, moi aussi être dans la musique et les bars et te faire offrir des drinks, j’aurais sûrement un problème” Mais non… je suis responsable de ce que je décide de prendre, personne m’a cassé de bras pour que je boive.

Et il y a eu le soir de trop, celui qui a fait que j’ai décidé que c’était la fin. Le soir où j’ai eu la honte de ma vie. J’ai appelé au Centre Patrice Chiasson. Help !! Et c’est le plus beau cadeau que je me suis faite ! J’ai la chance d’avoir eu des collègues de travail qui m’ont écoutée, sans me juger. Parce que quand t’as une face publique, c’est encore plus difficile de cacher ton train de vie. Ceux qui ont arrêté de boire vont comprendre que c’est un deuil quand on aime prendre un verre, on se sent soudainement pas assez intelligent pour faire comme les autres, boire juste un verre. Mais non, quand on a pas de contrôle on ne peut pas prendre une gorgée.

Je ne suis plus celle que j’étais, et ne serai plus jamais pareille non plus. Pourquoi? Parce que la journée que l’on décide de se prendre en main, qu’on décide de consulter, on apprend, on grandit.

Mon début de guérison a commencé en octobre dernier, et je souligne bientôt mes six mois de sobriété. Pour être honnête je me sens tellement mieux, dans ma peau et dans ma tête, mes priorités sont revenues à la normale. Et dans tout ce cheminement, ce qui a été le plus difficile pour moi, ça été de dire toute la vérité à mon fils que j’adore. Assis sur le divan côte-à-côte, j’avais la chienne mais je devais lui dire. Ça faisait partie de mon cheminement de ne plus cacher et avoir honte du combat que je menais. J’ai tellement pleuré quand je lui ai avoué que j’allais consulter parce que j’avais un problème d’alcool et de drogue (cocaïne) Je me suis excusée à mon p’tit bonhomme de ne pas avoir été à la hauteur de ma job de mère. Je lui ai expliqué avec un filet de mots que j’avais de l’aide et que j’espérais de tout cœur qu’il soit capable d’en faire autant si un jour il en avait besoin . Mon fils a compris que de demander de l’aide c’était humain. Ce jour-là, j’ai vécu ma plus grande réussite.

Je dois remercier tous ceux et celles qui m’ont supportée, soit avec une oreille, un accompagnement mais surtout ceux et celles qui ne m’ont pas jugée. Je ne suis plus celle que j’étais, et ne serai plus jamais pareille non plus. Pourquoi? Parce que la journée que l’on décide de se prendre en main, qu’on décide de consulter, on apprend, on grandit. J’ai décidé de partager ceci parce que j’ai souvent moi-même puisé de l’espoir, par des humains qui s’étaient repris en main. Et je publie car je sais qu’il y a beaucoup plus de gens qu’on pense qui souffrent de troubles de dépendance.

Je vous souhaite de retrouver la paix et à moi, je souhaite de continuer de parler de mes émotions. Merci encore à tous les petits anges qui ont contribué à la personne que je deviens.

Ce que vous avez lu, c’est un souvenir de mes 6 mois. Aujourd’hui, ça fait 5 ans et demi que je continue de cheminer dans la sobriété! Et j’en suis fière!