Qu’est-ce que la sobriété pour un non-alcoolique!?

crédit photo: Véronique Roch-Lefebvre, tirée de la première exposition du Quartier Général Soberlab

Texte par Carina Caputo

Est-ce parce que la sobriété est pour certains associée à la privation de quelque chose, alors que pour d’autres elle signifie la possibilité d’accéder à quelque chose de mieux?

J’ai choisi d’amorcer mon texte en me posant tout d’abord cette question : Qu’est-ce que la sobriété ? Avant de tenter d’y répondre, j’ai porté une attention particulière à la première chose qui m’est venue à l’esprit. Résultat : « liberté » est le premier mot qui se manifesta, suivi aussitôt du mot « manque ». Paradoxal n’est-ce pas ? Mais d’où provient ce paradoxe ?

Est-ce parce que la sobriété est pour certains associée à la privation de quelque chose, alors que pour d’autres elle signifie la possibilité d’accéder à quelque chose de mieux? Est-ce parce que certains tentent de l’éviter afin d’engourdir un manque, pendant que d’autres la choisissent avec l’intention de se sentir libre? Je n’ai pas de réponse précise qui s’applique à tous. Je peux par contre vous exprimer ce que la sobriété m’apporte au quotidien en vous exposant une partie de mon histoire personnelle.

Depuis quelques années, j’ai réalisé que la peur du vide me faisait marcher à contre-courant et que mes choix de vie et de consommation étaient teintés par cette appréhension.

Dans une société où tout bouge rapidement et où j’ai le sentiment d’être constamment poussée à consommer en tout temps, pour à peu près n’importe quoi, je constate qu’être sobre m’aide à cultiver mon bien-être au quotidien. Depuis quelques années, j’ai réalisé que la peur du vide me faisait marcher à contre-courant et que mes choix de vie et de consommation étaient teintés par cette appréhension. Cette crainte était clairement reliée à un manque de confiance et par le fait même à un manque d’amour-propre. Évidemment, je n’en étais pas consciente et pour dissimuler cette réalité, je m’arrangeais pour être active en tout temps. Cela me donnait l’impression d’être forte et invincible. « Réussir et être là pour les autres » était ma devise. Je devais m’efforcer de faire des efforts dans tout ce que j’entreprenais. Ma vie sociale, familiale, professionnelle, amoureuse, tout ! Je voulais être parfaite et l’échec ne figurait pas parmi les options disponibles. Diminuer la cadence et m’offrir des moments de solitude m’apparaissaient presque impossible, car je manquais de temps. S’il m’arrivait à l’occasion d’être en pause plus longtemps que ce que j’avais prévu, je me laissais envahir par l’angoisse et la culpabilité. Au lieu d’apporter une attention particulière à ce que je ressentais, je réactivais la cadence. Je ne voulais pas ressentir cette vérité, car elle me donnait l’impression de ne pas être à la hauteur.

Dans mon cas, la consommation n’était pas directement liée aux narcotiques, à l’alcool, ou à la nourriture, mais plutôt à la performance, au travail, à la vie sociale et à l’obsession de toujours vouloir tout comprendre. Qui aurait cru que je manquais de lucidité ? En tout cas, pas moi. Au fond, j’étais saturée, dispersée et désorientée

Suite à plusieurs épreuves et imprévus, la vie m’a offert l’opportunité de prendre une pause, un moment marquant qui changea ma vie. Cette pause m’a été offerte sous forme d’épuisement, communément appelé un burn out. Un matin de juillet, j’ai ouvert les yeux et lorsque j’ai voulu sortir du lit, mon corps n’a pas répondu. J’étais incapable de bouger. J’ai dû prendre environ deux heures pour réussir à me lever et constater aussitôt que je m’étais recouchée. J’étais complètement épuisée. C’était étrange comme sensation, mais je dois avouer que je n’ai pas détesté ça. J’étais inquiète car cela m’était inconnu, mais j’ai surtout ressenti une profonde délivrance. Je me suis dit : « ENFIN… Je vais pouvoir enfin me reposer… » J’ignorais ce qui allait se produire et comment j’allais m’en sortir, mais à ce moment précis, la peur du manque n’existait plus…

En éliminant ce qui ne me servait pas, j’ai pu apprendre à devenir un être plus conscient.

Si maintenant je répondais à la question, j’aurais envie de vous dire que la SOBRIÉTÉ est et a été pour moi l’occasion idéale de me libérer et de me retrouver. En éliminant ce qui ne me servait pas, j’ai pu apprendre à devenir un être plus conscient. Cette pause m’a permis d’apprivoiser le vide et j’ai pu constater que la peur du manque n’était que pure illusion montée de toute pièce par mon ego biaisé. Cet épuisement m’a donné l’opportunité de prendre soin de moi avant toute chose. Je suis devenue ce qui est le plus important. J’ai appris à reconnecter avec mon essence profonde et à mettre mon attention sur ce qui est essentiel. J’ai découvert la méditation et ses bienfaits, que celle-ci m’apporte encore à ce jour. Aujourd’hui je ne ressens plus le besoin de remplir  mon existence de superflu. Je n’ai plus besoin d’engourdir mes angoisses. Lorsque celles-ci désirent revenir, je prends le temps de les observer, de les accueillir et de les laisser repartir. Cet état n’est pas toujours simple à maîtriser, il est facile de reprendre ses anciennes habitudes, mais plus je le cultive, plus il est facile de m’envelopper d’amour, de calme et de bienveillance. Depuis, mes racines se sont fermement agrippées à la terre et je ne me laisse plus envahir par les émotions. Je sais qu’elles passeront. La SOBRIÉTÉ, la paix intérieure, l’amour-propre et la conscience sont ma nouvelle devise et c’est le plus beau cadeau que je puisse m’offrir. À présent, rien ne pourra changer ça.

 

As I began to love myself

I freed myself of anything

that is no good for my health

– food, people, things, situations,

and everything that drew me down

and away from myself.

At first I called this attitude

A healthy egoism.

 Today I know it is

“LOVE OF ONESELF”

(Charlie Chaplin)

 

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