Nourrir la bête

Témoignage par D-Zil /crédit : Igor Zh.

J’ai laissé cette consommation d’alcool prendre tellement le contrôle de ma vie que de la vie, je n’en avais plus en-dedans.

Nourrir la bête… voilà ce que j’ai fait pendant tant d’années, sans me rendre compte que sournoisement elle prenait de plus en plus de place dans ma vie, dans mes décisions et le trajet que j’empruntais. Et quand, rendu au bout du chemin, il ne me restait qu’à la combattre,  j’ai osé une première fois l’affronter. Me croyant victorieux, j’ai changé de route, mais brièvement, car elle a su rapidement réagripper ses griffes sur mes épaules et reprendre possession du siège conducteur. Et dans tout ça, je jouais son jeu, et me souciais si peu des conséquences sur ma vie, ma santé, mes amis, ma famille. Jusqu’au point d’en perdre des parcelles qui ne me reviendront peut-être jamais.

Une estime de moi inexistante et une hygiène de vie destructrice ont contribué à ma descente aux enfers.

J’ai laissé cette consommation d’alcool prendre tellement le contrôle de ma vie que de la vie, je n’en avais plus en-dedans. Je buvais pour exister, pour avoir cette impression de respirer pour une raison. Mais en bout de ligne, je m’enfonçais de plus en plus loin dans l’autodestruction et l’auto-sabotage. Le plus dur là-dedans, c’est que  j’avais les outils recueillis en thérapie, mais j’étais tellement sous l’emprise de cette dépendance que je n’avais même pas envie d’y remédier. En bout de ligne, moi qui ai peur de la mort, je me faisais mourir volontairement à petit feu. Une estime de moi inexistante et une hygiène de vie destructrice ont contribué à ma descente aux enfers. Et puis, évidemment, je balayais le tout sous le tapis, jouant l’hypocrite envers mes proches, leur disant que tout allait bien, alors que c’est vers eux que j’aurais dû tendre la main.

Par chance, quelqu’un ne m’a pas abandonné durant ce parcours chaotique : grâce à elle, j’ai abdiqué en avril 2018 et me suis rendu à l’évidence que j’avais davantage besoin d’aide et que la bête, je ne la battrais pas seul. J’ai donc intégré une maison de thérapie qui m’a offert des services exceptionnels, mais surtout, qui m’a donné le goût de mordre dans la vie, de m’aimer, de m’estimer et d’avoir confiance en moi. J’ai pu profiter de ce séjour pour faire le point sur mes deuils de mes frères, morts subitement, faire le deuil aussi d’une relation amoureuse de 14 ans et, surtout, pour m’investir dans l’amour propre de ma personne. Découvrir qui je suis réellement et oser vivre le bonheur à nouveau m’a fourni une énergie que je n’avais pas eue depuis plusieurs années.

J’ai appris aussi à lâcher prise sur des situations qui auparavant seraient demeurées toxiques pour moi.

Depuis la sortie, il y a eu des hauts, surtout, mais des bas aussi, dans lesquels j’ai eu assez de vulnérabilité pour me confier aux gens qui me supportent. Cette humilité fait maintenant partie de mon quotidien, je me dois d’accepter que je demeure fragile et à risque de toute rechute dans les comportements destructeurs.J’ai appris aussi à lâcher prise sur des situations qui auparavant seraient demeurées toxiques pour moi.  Je ne me fais pas de cachettes : la bête ne disparaîtra jamais, elle demeure en arrière-plan, en retrait, mais ne rate jamais une occasion de rappeler qu’elle est toujours là, latente. L’abstinence, je la compte en jours certes, mais je préfère la voir 24h à la fois, une manière subtile d’aider mon esprit à passer à travers les jours plus difficiles. C’est de cette façon que je cultive mon amour propre et nourris mon estime personnelle. Il n’y a pas d’échecs, que des apprentissages.

 

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