Maman

Texte par Alexandre Octeau

Ils m’ont tendu la main alors que je sombrais, je l’ai pris et j’ai ensuite tenté de leur prendre le bras ou de les entraîner dans mon trou noir.

Un coeur de maman ça saigne souvent. Le coeur de la maman d’un dépendant, ça saigne et ça se déchire en mille morceaux.

Quand un dépendant est en manque, son seul et unique désir est de se procurer sa prochaine dose. En sevrage involontaire, mes peines, mon mal de vivre et mes rancunes refont surface. Comme un barrage qui a cédé, il faut à tout prix refermer la brèche, ces émotions-là je ne suis pas capable de les vivre, je ne sais pas comment.

Ma première réaction a toujours été de me tourner vers ceux qui m’aime en premier; ils sont les plus faciles à manipuler.

Au début ils ont tous tenté de m’aider sans que je le demande, c’est normal, je ferais la même chose pour ceux que j’aime. Ils m’ont tendu la main alors que je sombrais, je l’ai pris et j’ai ensuite tenté de leur prendre le bras ou de les entraîner dans mon trou noir.

Ce qui est insidieux, c’est que je suis conscient que je fais du mal à tout ceux qui m’aiment, et ce sentiment de honte, je veux qu’il s’arrête lui aussi. Alors je me tourne vers ma dépendance et le cycle continue. Rares sont ceux qui ont pu briser ce cycle infernal avant d’avoir toucher le bas-fond de leur déchéance.

J’ai passé trois mois sans voir personne de ma famille; ce combat je devais le faire seul.

Pour moi, mon égo démesuré et les mensonges que je me suis racontés, ont complètement déformé la réalité. J’ai touché mon bas-fond quand les gens ont arrêté de m’aider. C’est surement la chose la plus difficile qu’ils ont dû faire, ça prends un amour profond pour abandonner ceux qu’on aime et il faut d’abord  comprendre que c’est la seule façon de vraiment les aider.

Dans mon premier texte, je vous ai dis que mon père était parti alors que j’étais au toilette au centre de thérapie. Ce que je n’ai pas dit et que j’ai appris beaucoup plus tard, c’est que l’intervenant qui avait l’air d’un biker l’avait carrément mis à la porte. Il lui a dit de s’en aller, que j’étais à la bonne place et qu’il allait s’occuper de son gars. Mon père a hésité. Je me mets dans ses souliers et mon coeur de papa se tord de douleur. Mais j’avais besoin de croire que tout le monde m’avait abandonné pour pouvoir m’en sortir. J’ai passé trois mois sans voir personne de ma famille; ce combat je devais le faire seul.

Ma petite maman est fière aujourd’hui de voir que je vais bien, que je ne souffre plus comme avant.

Ma mère est venu déjeuner avec moi à la fin de ma thérapie. Elle essayait de comprendre ce qu’elle n’avait pas fait ou ce qu’elle avait fait de travers. Elle se sentait et se sent sûrement encore responsable. C’est plus fort qu’elle, mais ce n’est pas de sa faute. La faute, elle m’appartient. Nous sommes tous responsables de nos actes. Et le plus dur, c’est de se pardonner pour pouvoir continuer à avancer. Une fois qu’on s’est vraiment pardonné, on peut pardonner aux autres. On peut briser la chaîne de la souffrance.

Ma petite maman est fière aujourd’hui de voir que je vais bien, que je ne souffre plus comme avant. Ça, par exemple c’est de sa faute ! C’est grâce à l’amour qu’elle m’a donné tout au long de ma vie, et grâce aux valeurs qui m’ont été inculquées, j’ai pu retrouver et solidifier les fondations de mon rétablissement. Son amour inconditionnel a été un phare pendant la tempête et je suis rempli de gratitude qu’elle soit ma maman.

Elle m’a transmis l’amour des mots et c’est ce cadeau qui donne un sens à ma vie aujourd’hui.

Je t’aime maman, bonne fête des mères.

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