Ma sobriété, mon retour à la vie

Texte par Julie D.

J’ai cumulé les thérapies mais il m’était si difficile de lâcher prise et d’atteindre la paix.

Je suis une femme gâtée par la vie, je n’ai jamais manqué de rien, encore moins d’amour. La maladie de l’alcoolisme frappe sans égard à l’âge, au sexe ou au statut social. J’ai commencé très jeune à consommer socialement drogues et alcool et je n’avais déjà aucune limite. C’est à l’âge de 24 ans, après plusieurs années de consommation, de mensonges et de promesses non tenues que j’ai connu mon premier bas-fond. Celui qui me fit reconnaître mon alcoolisme, mon impuissance devant l’alcool. Les premiers mois voire la première année n’ont pas été faciles. Heureusement, j’avais plié les genoux et perdu mon obsession de boire, mais ce vide, ce foutu vide, et cette anxiété que je n’étourdissais plus dans l’alcool se devaient d’être gérés autrement et surtout sainement. J’avais la vie devant moi et ces rêves autrefois inaccessibles étaient maintenant à portée de main. Six ans et demi sans consommer, j’ai eu le privilège d’avoir une merveilleuse famille, une belle maison et deux enfants absolument merveilleux. La vie me gâtait de nouveau.

L’alcool est insidieux et sournois. Après tout ce temps, et surtout ne fréquentant pas la fraternité des Alcooliques Anonymes, j’ai réellement cru pouvoir consommer normalement… Un an s’écoula avant que les freins ne lâchent et que la maladie ne revienne en force. Les cachettes, les mensonges, la vie de famille qui vole en éclat. J’étais retombée à pieds joints dans ma dépendance et, maintenant célibataire après une relation de 15 ans, je fuyais de plus dans les relations avec les hommes. Ma vie n’avait plus de sens, sinon que d’avoir constamment en tête mon prochain verre.  J’ai atteint mon second bas-fond  en 2014 et j’ai atterris en thérapie fermée durant 28 jours de laquelle je suis sortie avec une force nouvelle, une volonté réelle de rester sur le chemin de la sobriété. Malgré tout, les années qui suivirent ont été ponctuées de rechutes douloureuses.J’ai cumulé les thérapies mais il m’était si difficile de lâcher prise et d’atteindre la paix. Alors je rechutais, sans cesse, et je me perdais un petit peu plus à chaque fois…

J’ai souvent cru que je n’étais pas adaptée pour la vie, trop sensible et émotive, il m’était difficile de me vivre alors la consommation était ma soupape, mon échappatoire, mais aussi celle qui m’a détruite et a failli me coûter la vie.

J’étais en chute libre depuis mai 2017 soit depuis que j’avais été arrêtée pour conduite en état d’ébriété lors d’un black-out causé par l’alcool. Par la force des choses, je voyais moins souvent mes deux petits trésors, leur maman ne pouvait malheureusement plus les transporter matin et soir à l’école. Une conséquence douloureuse mais réelle de mon alcoolisme. Mon dernier bas-fond a été une réelle descente aux enfers. Autant financière que familiale, amoureuse, amicale et surtout, surtout psychologique. J’en étais venue à connaître bon nombre de policiers de ma ville de même que le personnel hospitalier qui m’accueillait trop régulièrement dans un état apocalyptique. La consommation et la détresse humaine reliée ont fait de moi une toute autre personne et m’ont amenée à vouloir cesser de souffrir en prenant des moyens qui n’en sont pas. J’ai vu la psychiatrie et la salle de réanimation à plusieurs reprises. J’ai connu la douleur physique mais encore pire, la douleur dans l’âme et le cœur. J’ai souvent cru que je n’étais pas adaptée pour la vie, trop sensible et émotive, il m’était difficile de me vivre alors la consommation était ma soupape, mon échappatoire, mais aussi celle qui m’a détruite et a failli me coûter la vie.

C’est une roulette russe et je ne veux plus y jouer, j’y ai déjà trop perdu, aujourd’hui je suis fière de moi et j’ai tout à gagner.

Quelle chance d’être libre et en vie aujourd’hui, quelle fierté aujourd’hui de m’aimer assez pour ne pas consommer et me rétablir, une journée à la fois. J’ai eu un parcours difficile et j’ai fait souffrir mes proches sans le vouloir, je suis remplie de gratitude car ils ont toujours été là pour moi et c’est grâce à eux qu’aujourd’hui je suis là. Grâce à cette force qui m’habite, à mes précieux enfants,  grâce à toutes nos prières qui se rejoignent et les actions que je pose un jour à la fois pour ne pas retourner dans l’autodestruction. « Nous ne regretterons pas plus le passé que nous ne voudrons l’oublier. » Je ne veux jamais oublier d’où je viens et c’est le mouvement des Alcooliques Anonymes et ses membres, incluant ma précieuse marraine, qui m’aident grandement. La prison, l’hôpital ou la morgue, je refuse que l’alcool m’y amène. Je veux toujours me rappeler qu’une rechute ça fait mal, très mal, et que si on pense pouvoir revenir dans la sobriété facilement, ce n’est pas toujours le cas, on ne connaît pas la date de retour.C’est une roulette russe et je ne veux plus y jouer, j’y ai déjà trop perdu, aujourd’hui je suis fière de moi et j’ai tout à gagner. Vivre ses émotions et ne plus les fuir, un travail quotidien mais qui rapporte tellement au final. Vivre le moment présent, accueillir les beaux et moins beaux moments, profiter pleinement des petits plaisirs de la vie, de mes enfants et mes proches, me rappeler de la veille et me réveiller non pas dans un endroit où la honte règne mais plutôt avec mon merveilleux amoureux et être moi-même sans artifice, pour moi c’est ça la vie. Et elle est belle malgré les difficultés, la sobriété et l’amour de moi-même en sont les gages assurés et je continuerai de les cultiver avec une immense gratitude et une réelle fierté.

« Faites le premier pas avec foi. Vous n’avez pas à voir tout l’escalier, juste la première marche. » – Martin Luther King

 

 

 

 

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