L’espoir, contre vents et marées, pour en venir à croire…

Texte par Julie Douville

Parce qu’à mes yeux la toxicomanie est un cancer de l’âme auquel seule la sobriété peut mettre un frein.

« Tu ne prends pas d’alcool? »

« Non, je n’aime pas tellement ça… »

Ces mots je les ai prononcés il y a quelques années alors que j’étais abstinente depuis 4 mois et demi suite à une thérapie fermée de 28 jours. Le bar ouvert était directement sous mes yeux lors de cette soirée. Et pourquoi pas? Juste pour ce soir… J’ai résisté jusqu’à ce que… La rechute fut brutale. Oui j’étais dans le déni de ma maladie. Cette maladie sournoise qui nous fait croire que nous ne sommes pas si malades finalement. Mais l’alcool est aussi tellement omniprésent dans notre société.

Pour la majorité, la consommation d’alcool reste festive mais pour moi et pour beaucoup d’autres elle l’a été jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus du tout et elle représente aujourd’hui le premier pas vers la déchéance et éventuellement la prison, l’hôpital ou la morgue. Car oui l’alcool a failli me coûter la vie sans compter toutes les hospitalisations, les pertes et la peur bien réelle dans les yeux de mes proches… Comme la majorité des dépendants, j’ai perdu une amie qui tentait de s’en sortir et qui a mis fin à ses jours. À un certain moment la détresse était devenue insupportable, elle avait perdu espoir. Je sais exactement comment elle a pu se sentir. J’ai vu dernièrement sous le message Facebook d’un ami qui avait manifesté qu’il avait soif et que c’était un moment difficile, une personne mettre la photo de son verre de bière en trouvant le tout bien drôle. Je ne veux pas faire le procès de cette personne mais ça démontre à quel point cette maladie est encore méconnue. Ce n’est pas drôle la maladie, ce n’est pas réjouissant quelqu’un qui souffre. Est-ce que l’on se permettrait de narguer une personne qui souffre d’un cancer? Parce qu’à mes yeux la toxicomanie est un cancer de l’âme auquel seule la sobriété peut mettre un frein. La maladie reprend exactement là où elle avait été freinée lors d’une rechute.

Ma sobriété est comme ma petite fille intérieure dont je prends soin et à laquelle je donne de l’amour.

Aujourd’hui, je me sens très choyée car mon entourage et mes proches sont tous au courant de mon alcoolisme et j’ai beaucoup de support. Je n’ai aucune tentation extérieure du premier verre fatal car je suis extrêmement bien entourée. Le pire ennemi en fait qui pourrait m’amener à la rechute n’est nul autre que moi-même.

Pour moi, parler de mon enfer de l’alcoolisme et de mon rétablissement est un baume sur mon cœur de femme, de fille, de conjointe et de maman encore brisée par mes années de consommation.Ma sobriété est comme ma petite fille intérieure dont je prends soin et à laquelle je donne de l’amour. C’est ainsi que je peux avancer malgré les difficultés auxquelles je dois faire face en toute lucidité maintenant que le brouillard s’est dissipé. Et j’ai une immense gratitude pour tous les magnifiques cadeaux que mon rétablissement m’apporte.

À mes yeux, la promotion de la sobriété et faire tomber les tabous sur la dépendance en publiant des vécus réels et percutants d’honnêteté, de courage et de résilience sont des outils absolument merveilleux pour nous aider entre nous les dépendants mais également pour aider tous ceux et celles qui sont touchés de près ou de loin par notre réalité.

L’espoir, quel allié important dans le rétablissement de tout dépendant qui souhaite s’en sortir. L’espoir, admettre son impuissance devant la substance, parler, l’accompagnement des proches, l’aide professionnelle et celle des fraternités anonymes et la foi qui nous amène à croire que c’est possible.  Car oui ce l’est, c’est possible pour un dépendant de s’aimer assez pour ne pas s’autodétruire. Je suis fière d’être une alcoolique en rétablissement, soyons fiers de notre sobriété car la consommation est un enfer que nous avons eu la force de traverser, mais nous avons surtout eu la force et le courage d’entreprendre un nouveau chapitre de notre vie, le plus beau d’entre tous car il nous permet de nous reconnecter à nous-même dans toute notre essence et dans toute la beauté de notre imperfection, de travailler à devenir la meilleure version de nous-même, un jour à la fois, et d’apprécier la vie avec tout ce qu’elle a à nous offrir.

Glorifions la sobriété. Merci à Soberlab de nous donner une voix. Je m’appelle Julie et je suis une alcoolique mais surtout une fière guerrière en rétablissement.

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