Le chemin vers la lumière

Texte par Bénédict Chevrier

Mon nom est Bénédict, j’ai 25 ans et je suis né dans une ville de la Montérégie.

Ce chemin est le mien. Je l’ai choisi consciemment et aujourd’hui, je te le partage. Un chemin qui m’a fait traverser les portes de l’enfer, au bout desquelles, j’ai eu le bonheur et la joie de connaître la lumière, contre toute attente. Si cette escapade terrible peut servir de guide à un autre voyageur de la vie, pris dans la même tourmente infernale, ce serait un aboutissement formidable et cadeau inespéré. J’aurai alors la conviction que mes propres malheurs auront servis à sauver la vie de cette personne. Cette personne, c’est peut-être toi. Je te le souhaite.

Mon nom est Bénédict, j’ai 25 ans et je suis né dans une ville de la Montérégie. J’ai eu la chance de grandir et vieillir au sein d’une famille idéale. Je ne viens pas d’un milieu difficile où il y a des pièges au coin de toutes les rues, au contraire. Mes parents sont des gens travaillants, réfléchis et aimants. Je n’ai jamais manqué de rien.

Mes parents étaient, sont et demeureront toujours des modèles. Ils m’ont transmis, par leurs mots et surtout leur exemple, des valeurs de sagesse, de courage et de justice. Les plus belles valeurs qu’on puisse acquérir. Ils ont toujours cru en moi. J’ai toujours profité de l’amour inconditionnel qu’ils n’offraient sans compter. Cet amour est encore bien présent à chaque jour de ma vie.

Leur soutien quotidien et leur aide financière m’ont permis de compléter un DEC en électronique industriel. Je terminerai bientôt un BAC en génie de la programmation automatisée à l’ETS. Je leur serai reconnaissant jusqu’à mon dernier jour.

À l’adolescence, je ne connaissais pas le principe du « juste milieu » ou des demi-mesures. J’ai canalisé ça dans ma passion : les sports, où j’ai toujours été performant.

Je suis incapable de tenir en place, et surtout pas sur les bancs d’école pendant sept ans. Comment ai-je pu tenir le coup? J’ai une irrésistible envie de bouger, on appelle ça un TDAH. Disons que je suis beaucoup plus à l’aise sur une piste de motocross. J’ai aussi cette caractéristique qu’on retrouve souvent, presque toujours, chez les dépendants. Je suis constamment dans l’excès, sans demi-mesure, sans zone grise. En quatrième vitesse ou totalement stationnaire. C’est tout ou c’est rien. Le noir ou le blanc. À l’adolescence, je ne connaissais pas le principe du « juste milieu » ou des demi-mesures. J’ai canalisé ça dans ma passion : les sports, où j’ai toujours été performant.

Vous savez maintenant qui je suis ainsi et d’où je viens. Vous connaissez ma base. Puis un jour, ma vie s’est mise à déraper.

J’ai alors 18 ans et plein de chums. Nous avions l’âge légal d’acheter et de consommer de l’alcool. Avec ma nature excessive, j’y suis tombé en quatrième vitesse, en chute libre. C’est tout de suite devenu un problème. J’étais presque toujours parmi les clients les plus maganés du bar. J’ai eu des lendemains difficiles à la tonne, étouffé par l’angoisse et la peur.

Là encore, je n’ai pas voulu voir le drapeau rouge qui s’élevait devant moi.

J’étais conscient, ces matins-là, que je n’avais pas été vrai. Que je n’avais pas été la personne que je suis. Je jetais mes réelles valeurs aux poubelles avant d’entrer.

Les soirées ont passé et je m’étais habitué à perdre le contrôle. J’étais conscient que je ne faisais qu’empiler mes émotions et me défouler sur mes proches. J’ai rapidement abouti dans les bas-fonds. À 19 ans, mes abus d’alcool m’ont fait perdre quelques emplois et, bien sûr, mon permis de conduire. J’avais le triple de la limite permise.

Là encore, je n’ai pas voulu voir le drapeau rouge qui s’élevait devant moi. J’avais un sérieux problème. J’ai continué à boire malgré tout. Jusqu’à tout récemment, je croyais avoir atteint le plus creux du creux, mais non, il y avait un deuxième fond, plus bas encore.

Il y a un an, pour le plaisir (?), j’ai commencé à consommer de la cocaïne. Il était temps de mettre un terme définitif à tous mes malheurs causés par l’excès de consommation. Après sept ans de refus de sniffer, malgré les invitations de certaines connaissances, j’ai flanché. Ce fut mon entrée en enfer. Au commencement, c’était agréable, j’étais aussi saoul qu’à l’habitude. Ce que j’ai découvert et que j’appréciais, c’était que j’avais davantage de contrôle sur moi-même. Mais c’était totalement faux.

Me voyant chuter vers l’enfer, j’ai tenté à plusieurs reprises de consommer « normalement », à plus petites doses. En vain.

La maladie de l’addiction est forte, je demandais sans cesse à mes connaissances de m’en procurer. Mon besoin n’avait pas de fin, mes limites n’existaient pas. Des amis, plus raisonnables que moi, refusaient. Ça me frustrait. Mais, je n’avais pas de contacts pour ce type d’achat.

J’ai vite commencé à en trouver. Dorénavant, j’y avais accès 24h sur 24 peu importe où j’étais. J’étais très débrouillard pour obtenir ce que je voulais. Comme je suis excessif, j’ai plongé le nez dans le sac comme un vrai cocaïnomane. Pas à peu près. Me voyant chuter vers l’enfer, j’ai tenté à plusieurs reprises de consommer « normalement », à plus petites doses. En vain. J’ai essayé par divers moyens d’arrêter : des consultations chez un psychologue, entre autres. Ça fonctionné deux semaines et la rechute a été catastrophique. À tous les jours, ou j’étais sous l’effet de la cocaïne ou je dormais.

J’ai perdu un autre emploi. C’était l’enfer et j’ai plongé dans une dépression majeure. J’étais incapable de la gérer. J’étais devenu prisonnier de l’enfer de la coke. Je ne consommais presque plus d’alcool, je ne fonctionnais que par ça, je croyais que c’était juste avec la coke que mes problèmes pouvaient s’envoler. Comme par magie. J’étais incapable de vivre les craving. Aussi bien mourir. J’étais toujours là-dessus, et souvent je passais trois à quatre jours sans dormir. J’arrêtais lorsque j’étais incapable de marcher. Je voulais juste m’endormir instantanément et à mon réveil, je repartais la machine. Le mal de vivre était trop souffrant pour moi.

J’ai eu de nouvelles valeurs : mensonges, trahison, perte totale d’identité, augmentation fulgurante de mes dettes, dépression, stress incontrôlable, crises de panique, hyperventilation, paranoïa, psychoses et tout ça a entrainé des résultats scolaires abominables.

Je faisais pitié à voir, c’était la déchéance. J’étais surtout malade et j’avais besoin de guérir.

Deux gars en or, qui se reconnaitront, ne m’ont jamais laissé tomber à travers ce calvaire. Je vous aime tellement, les gars.

Avec tous ces remords, j’avais un combat à livrer avec moi-même. J’avais toute la culpabilité du monde sur les épaules. J’avais tellement honte et je gardais ce secret pour moi. Je ne voyais plus personne, je ne faisais plus aucune activité.

Le 22 Mai 2018, en pleine psychose, j’étais dans un Tim Horton et j’ai téléphoné à ma mère en pleurant à chaudes larmes.

« Viens me chercher, il y a des gens à ma poursuite ».

Je faisais pitié à voir, c’était la déchéance. J’étais surtout malade et j’avais besoin de guérir. Ce bas fond m’a fait peur et m’a forcé à ouvrir les yeux. Il est temps de lâcher prise.
Le 28 Mai, j’entrais en maison de thérapie au Pavillon Pierre-Péladeau. Tout le monde me disait que c’était le cadeau d’une vie. Je comprends maintenant le sens profond et véridique de cette phrase. Je suis enfin libéré de la tourmente.

Je te souhaite la sérénité d’accepter les choses que tu ne peux changer, le courage de changer les choses que tu peux et la sagesse d’en connaitre la différence.

Cette thérapie m’a permis d’accepter ma maladie et de lâcher prise sur mes démons. Elle m’a permis d’ouvrir mon cœur à la spiritualité et de faire confiance à la vie. Je suis le seul acteur de ma vie, et j’ai toujours joué les rôles secondaires pour essayer de plaire aux autres. C’était souvent l’effet contraire qui se produisait. Maintenant, je joue le rôle principal, je reste authentique tout en respectant mes limites et les valeurs auxquelles j’adhère. Il n’y a pas de hasard, que des rendez-vous. Tout arrive pour une raison. Je crois que mon passage de l’autre côté des portes de l’enfer m’a permis de découvrir la vraie personne qui m’habite.
Maintenant, je suis heureux, j’ai plein de projets en tête et surtout, j’ai un esprit sain. À toi, qui a pris le temps de me lire jusqu’à la fin, je te souhaite tout le bonheur du monde.

Je te souhaite la sérénité d’accepter les choses que tu ne peux changer, le courage de changer les choses que tu peux et la sagesse d’en connaitre la différence. N’hésite pas àtendre la main si tu souffres. Tomber, c’est humain et se relever c’est divin.

Je te souhaite de ne pas être obligé de traverser autant de souffrances pour voir la lumière. Je l’ai fait. Toi aussi tu le peux.

Signé, quelqu’un qui aime la vie.

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