L’ascension du Mont Vice

Texte par Carl Zaccour

J’amorce l’ascension.

Je me sens puissant.

Je le suis.

Je suis à bout de souffle.

Le dos acculé sur la paroi rocheuse.

Un pas de plus dans cette direction et le sol déjà très escarpé va se dérober sous mes pieds.

Laissant ainsi place à un précipice menant inexorablement aux abysses.

Que faire?

Plonger pour ne jamais revenir.

Rester immobile en espérant l’arrivée des secours.

Les probabilités sont faibles voir inexistantes.

Tel un carburant, mes dernières pensées  serviront à propulser cette utopie jusqu’à ma fatalité.

La vie ne m’a pas rassasié.

Je n’ai d’autres choix que de grimper.

Avant toute chose je dois me reposer.

J’allonge mes membres meurtris sur le sol  parsemé de pierres que je ne me donne même pas la peine d’enlever.

Je suis trop exténué.

Une pression immense s’extirpe mon corps sous forme de larmes.

C’est de la condensation d’émotions.

Tout ce liquide en moins me rends plus léger.

Par le fait même, le sol devient plus confortable.

C’est pendant cette nuit glaciale, mais à la fois réconfortante que pour une dernière fois, je me suis évadé.

Cette fois, ce ne sera nulle part ailleurs que dans les bras de Morphée.   

 

La métaphore du jour et de la nuit se transpose littéralement sur ma vie.

Ce sont  les poumons remplis de confiance qu’à l’aube, je reprends conscience.

Derrière les nuages, je peine à distinguer le sommet de cette montagne immense.

Peu importe, une fois là haut j’aurai la plus belle des récompenses.

Lorsque je visualise l’ampleur de la tâche, malgré ma  basse altitude, je ne peux m’empêcher de ressentir un vertige.

Il est absolument impossible de faire un bond de géant pour me retrouver au sommet directement.

Sans pour autant ignorer complètement mon but ultime qu’est d’atteindre la cime.

Au risque de me décourager, inutile pour moi de la fixer sans cesse.

Cette une marche à la fois que je surmonterai le défi de ma vie.

J’amorce l’ascension.

Je me sens puissant.

Je le suis.

Malgré ma silhouette  rachitique que mes gestes du passé ont sculptés.

Je maintiens un bon rythme de montée.

J’atteins facilement le premier pallier.

Voilà enfin des signes encourageant à me mettre sous la dent.

 

Les jours s’accumulent tout comme les victoires.

L’altitude augmente.

Devant moi, le panorama auquel je n’avais pas fait mine de regarder.

Jadis terne et sans intérêt est à présent coloré et féérique.

Chacune des mes foulées font accroître mon horizon.

En mathématique, on l’appelle la proportion.

Nonobstant quelques petits cumulus égarés, la majorité des nuages se retrouvent à présent sous mes pieds.

 

Après quelques temps, je note un certain ralentissement.

Cependant, rien n’est alarmant.

Simplement l’atténuation de l’euphorie du commencement.

Avide de performance, je tiens mordicus à tenir la cadence.

Je porte sur moi quelques objets.

Beaucoup sont inutiles, donc je m’en débarasse dans la plus totale indifférence.

Je ressens déjà la différence; je peux à présent me mouvoir avec d’avantage d’aisance.

Ce n’est cependant pas suffisant.

Mes vivres se font de plus en plus rares et je me dois d’optimiser mes efforts.

Si je ne veux pas terminer ma course à bout de souffle sous le seuil de la pitance.

Il faut que je m’allège.

J’ai sur moi un couteau, un briquet et une corde.

Ces objets sont essentiels à ma survie, car c’est bien de cela dont il est question ici.

Ma survie.

J’ai toujours en ma possession un paquet de photos, car la mémoire me fait défaut.

Je dois m’en départir dans la quasi totalité.

Je les observe, le coeur gros.

Je me résigne à conserver uniquement celles des gens pour qui j’ai un amour inconditionnel.

Ceux qui une fois de l’autre côté, m’aideront à avancer.

Maman, Mathieu et Michèle pour ne nommer que ceux là.

Un petit rictus nostalgique et une larme mélancolique façonnent mon visage alors que je les fixe.

J’ai hâte de les retrouver.

Le temps passe, je dois poursuivre.

Je suis impatient de vivre.

Je cache le reste des photos non sans émotion sous une pierre.

Dans mon fort intérieur, je doute que je reviendrai les chercher, mais sait-on jamais.

Dans le cas échéant où je le ferai, il y a peu de chance qu’elles aient bougé.

Le crépuscule se pointe le bout du nez alors j’allume un feu pour me réchauffer.

Sous le son de la braise qui crépite, je m’endors le coeur léger.

La chaleur du feu est substituée par celle du soleil.

C’est l’heure de l’éveil.

Il ne me reste plus qu’une journée avant d’atteindre mon but tant convoité.

 

À présent, plus rien n’est illusoire.

Dans peu de temps, je crierai victoire.

Alors que je me trouve à quelques mètres du sommet.

Je me retourne face au paysage que je ne reverrai jamais.

Je revois au loin le parcours sinueux que j’ai emprunté.

Tout en bas, je distingue des gens qui comme je l’étais, sont désespérés.

J’allume aussitôt un dernier feu dans le but qu’ils aperçoivent la fumée.

Je suis conscient que c’est à eux de fournir les efforts.

Ce sera ma façon de leur donner espoir.

Le temps est venu pour moi de poursuivre ma trajectoire.

De l’autre côté, je retrouverai la civilisation que j’ai quitté depuis tant d’années.

Mission accomplie. 

J’ai réussi.

Je me sens puissant.

Je le suis.

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