Pas besoin d’être alcoolique pour arrêter de boire!

Texte par Carolane Stratis / crédit photo: Mari Photographe

Le problème, c’est que je ne savais pas ce que c’était de prendre un verre une fois de temps en temps.

J’ai 31 ans, deux enfants, je suis co-auteure de deux livres et cofondatrice de deux blogues. J’ai une sœur jumelle, j’ai donc toujours eu de la facilité à faire des choses en équipe ou à plusieurs, sauf arrêter de boire de l’alcool. Ça, je l’ai fait toute seule pour une première fois il y a 6 ans, puis une deuxième fois, il y a 3 ans. Je ne suis pourtant pas alcoolique, je ne l’ai pas fait non plus parce que j’avais envie d’arrêter, j’étais obligée. C’était une question de santé.

En 2012, pendant la grève étudiante, j’ai commencé une dépression grave. Au moment de commencer mes médicaments, je n’avais aucune idée de comment je n’allais pas bien et comment je devais faire pour aller mieux. Alors j’ai continué de faire ce que je faisais de mieux : essayer de faire semblant que tout était correct. Prescription en main, j’ai été voir ma pharmacienne de l’époque sans trop comprendre comment je m’étais rendue là. La pharmacienne était vraiment gentille et elle a essayé de m’expliquer tant bien que mal ce que ça devait faire sur mon corps et comment les prendre le plus efficacement possible. Elle m’a aussi parlée du fait que je devais arrêter de boire, mais comme j’avais 25 ans et que ma vie tournait autour de mes sorties dans les bars, je pense qu’elle a essayé de minimiser la gravité d’arrêter de boire en me disant que je pouvais prendre un verre une fois de temps en temps.

Le problème, c’est que je ne savais pas ce que c’était de prendre un verre une fois de temps en temps. Je sortais 5 jours semaine, étant étudiante et lève-tard, je m’arrangeais pour voir mes amies autant de fois que je le voulais en prenant une à 20 consommations par soir. J’avais l’estomac plus solide que mon cerveau. Pis naturellement qu’avec du recul, je trouve que j’essayais quand même de fuir un mal-être avec de l’alcool. Les premières semaines, j’étais capable de ne pas boire. J’ai même été voir une amie en France puis j’ai bu un ou deux verres pendant la semaine. Un record pour une fille comme moi.

Quand je suis revenue de mon voyage, je déménageais et c’est de quoi que j’ai tout le temps détesté. En dépression en plus, je n’avais aucune énergie, une tolérance au stress quand même déficiente et une envie que ma nouvelle place soit un nouveau départ. J’ai essayé tant bien que mal de me tenir loin de l’alcool, mais il y avait des anniversaires et quand je disais que je ne pouvais pas boire lors des soirées, le regard réprobateur de mes amies de bars me portait souvent à prendre une bière qui se transformait en deux puis 4.

En voyant que c’était comme si je venais de boire une caisse de 24 à moi toute seule, j’ai décidé de ne plus m’y tremper les lèvres.

Après trois semaines, j’en ai eu assez de me sentir comme de la marde et j’ai fait une tentative de suicide. Quand j’ai revu mon médecin, il m’a obligée à ne plus boire et j’ai réussi à finalement aller mieux. C’était un mélange de voir une psychologue deux fois semaines, d’arrêter l’école, de ne plus boire et de prendre la bonne dose de médicaments. Un an et demi plus tard, je venais d’accoucher de ma fille et j’avais envie de réessayer de prendre de l’alcool. J’étais enfin capable de prendre mon pouls et d’arrêter quand je ne me sentais plus bien, de ne pas boire pendant des semaines.

Comme la vie n’était pas simple et que j’étais étudiante, nouvelle maman, travailleuse autonome, etc. Mon cerveau m’a de nouveau lâchée en 2014. J’étais déjà passée par ce chemin, c’est comme si je connaissais les tournants et les maisons qui menaient à la guérison. Ma psychiatre m’a alors changée de médicaments et comme plusieurs antidépresseurs, il augmentait les effets de l’alcool. Je me suis retrouvée à essayer juste une fois de prendre un verre. En voyant que c’était comme si je venais de boire une caisse de 24 à moi toute seule, j’ai décidé de ne plus m’y tremper les lèvres.

Depuis, j’essaie le plus possible de parler du fait que ce n’est pas nécessaire de boire de l’alcool pour avoir du fun et même si j’ai encore changé de médicament ce qui me donne enfin « le droit » de consommer de l’alcool, je ne le fais pas. C’est une des raisons pourquoi je m’implique dans les 28 jours sans alcool de la Fondation Jean Lapointe et que j’essaie le plus possible de rendre la non-consommation d’alcool, normale. Je ne suis donc pas alcoolique et au fond de moi, j’aimerais encore pouvoir faire comme tout le monde. Mais quand je regarde l’ancienne Carolane et le chemin que j’ai parcouru en étant sobre, je suis contente d’avoir laissé le vin pour aller mieux.

 

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