5h00 du matin bientôt

Texte par Caillou

Autre fait intéressant, toute ma vie durant, j’me suis réveillé plus souvent la tête dans l’cul qu’en pleine forme pis j’ai pas chié dur depuis 1994.

Mercredi, bientôt 5h00 du matin. À moitié couché, chaud mort, sur ma table de cuisine. Une game de Call of Duty sur pause depuis le souper. Entouré de mes BFF, 2 bouteilles mortes de vin bon marché pis une chiée de bières vides. J’ai un nuage épais de weed au-dessus de la tête. Le résultant d’un marathon de fumage de bats qui dure depuis mon réveil. J’écoute en boucle une tune de Cohen,  histoire de brailler un bon coup pis de m’apitoyer un peu sur mon sort avant d’aller me coucher.

Ça, c’est le récit d’un soir de semaine tranquille chez nous. Là, je t’épargne les soirées festives, les soupers sans fin entre amis pis les trop nombreuses nuits que je passe allumé comme feu d’camp. J’t’épargne aussi les tremblements matinaux, les litres de sueur pis les vomissements qui font désormais partie de mon quotidien. Je vais pas non plus te faire le récit complet de ma vie de toxicomane. C’est pas le but pis c’est pas ce qui a de plus glorieux.  Mais je peux résumer ça à une chose: ma vie est rendue un enchaînement interminable de débauches et de beuveries et je réalise que j’ai complètement perdu le contrôle.

Le lendemain matin, je pars seul comme un grand, la tête entre les jambes mais soulagé.

Bref, je suis à la croisée des chemins. J’ai 33 ans, je consomme depuis que j’ai 14 ans. Si t’es rapide en maths, tu viens d’allumer que ca fait 19 ans que j’me défonce. Mon délire vient d’atteindre sa majorité. Autre fait intéressant, toute ma vie durant, j’me suis réveillé plus souvent la tête dans l’cul qu’en pleine forme pis j’ai pas chié dur depuis 1994. Troublant! Ça fait aussi que moi, dans ma vie « d’adulte », j’ai jamais fais face à mes émotions autrement que sur l’effet d’une substance. Pas besoin d’être un fin psychologue pour comprendre que ça, ça m’aide pas pantoute.

Un jour, je snap! Pendant 2 semaines je réponds pus à mon téléphone. Je sors pas d’chez nous pis je m’enfonce tranquillement dans un délire de solitude pis de vin cheap. Fouille-moi comment, mais je trouve la force de faire des démarches pour m’en sortir. C’est là que je réalise une chose importante. Dans la vie, y’a personne qui me doit rien. Si je m’attends à faire un coup de téléphone pis de voir un intervenant descendre en rappel de mon toit pour venir me sauver, j’me trompe. Va falloir que je pédale sur un ostie d’temps pour arriver à mes fins. La société est trop occupée à essayer  de trouver le bon cépage pour accompagner ses pâtes fraîches que d’aider un gars tout cassé à se prendre en main. Après un nombre incalculable de téléphone non concluant, je fini par trouver une place prête à m’accueillir. Le lendemain matin, je pars seul comme un grand, la tête entre les jambes mais soulagé.

Le 11 février 2013, je suis entré en désintox pour une thérapie fermée de 3 semaines. Aujourd’hui, j’ai 37ans et ça fait 5 ans que je suis sobre.

Pourquoi je te raconte ça? Je sais pas trop. Peut être parce que j’ai enfin réussis à faire la paix avec mon passé.

On se l’cachera pas, la vie des fois c’est de la marde mais au moins quand on marche la tête haute, on la sent pas.

 

 

 

 

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