Le train de l’amour

Image: Fred Gringras – facebook.com/frdgngrs

Texte par Marie-Ève Thivierge

Je suis une zone grise. Vraiment. Pour le meilleur et pour le pire. Amenez-en des compromis, mais demandez-moi surtout pas ce qu’on mange pour souper.

Dès que je peux joindre les options, je le fais. Sucré ou salé? Y’en a pas de problème, je vide un paquet de Smarties dans mon popcorn. Voyager ou économiser? Heille, c’est beau le New Hampshire! Bref, tu comprends le principe.

Dans les dernières années, l’introspection est devenue mon outil de prédilection pour me calmer le dedans et grandir avant de devenir une vieille amère de cinquante ans bourrée de regrets (les regrets c’est mal). Deepak Chopra, Tony Robins, « Martine apprend à mettre ses limites et fait du yoga pour embellir son jardin intérieur », name it, je les ai tous lus.

Mon indécision ou plutôt ma décision tacite de ne pas décider fait que j’admire énormément les gens de conviction. Pour te donner une idée, le geste que j’ai posé qui se rapproche le plus d’une manifestation au nom d’un idéal c’est quand le gros Raphaël a essayé de me prendre mon jouet Ma Petite Pouliche et que je lui ai dit « NON! ». J’avais deux ans et c’était à la pouponnière – personne lui disait non, il m’a respectée et on est devenus amis… Pas parce que t’as deux pouces de plus que tout le monde que tu vas faire ta loi et noyer ma pouliche din toilettes toi chose!

Pour ces mêmes raisons, je me suis toujours considérée comme une fille sans dépendance. Fumer la cigarette? Jamais arrivé (et je dis même pas ça pour faire plaisir à ma mère). Boire? Un verre peut me durer toute la soirée. Mon téléphone? Je l’ai toujours proche, mais si je le perds demain je vis très bien sans (expérience à l’appui). Non, je suis comme qui dirait un juste milieu.

Ceci dit, ce que je viens d’affirmer, ça peut comme pas être vrai. Tout le monde à une dépendance, petite ou grande. Dans les dernières années, l’introspection est devenue mon outil de prédilection pour me calmer le dedans et grandir avant de devenir une vieille amère de cinquante ans bourrée de regrets (les regrets c’est mal). Deepak Chopra, Tony Robins, « Martine apprend à mettre ses limites et fait du yoga pour embellir son jardin intérieur », name it, je les ai tous lus.

La dernière année a été un point tournant dans mon cheminement personnel, parce que c’était la première fois que j’étais célibataire depuis presque dix ans… J’en ai vingt-six, j’te laisse faire le calcul.

En fait le problème, c’est que je me valorisais à travers mon rôle de blonde. Je ne savais pas trop ce que j’avais envie de faire plus tard, comme métier j’veux dire, et donc mes relations amoureuses occupaient l’avant-scène de ma vie.

Tu l’auras deviné, ma dépendance à moi, c’était l’amour.

Ah, l’amour.

Sentiment complexe souvent confondu avec le désir, la passion, l’amitié, le respect, l’habitude, les rabais à l’année chez Barbie’s Resto Bar Grill. Mais au fond, c’est un peu tout ça, l’amour. Barbie’s aussi. Parce que si t’es prêt à te déplacer en région pour bénéficier d’un deux pour un sur une assiette de crevettes papillons et souvlakis, soit t’es vraiment cheap, soit que tu l’aimes en maudit ta moitié – surtout que y’a littéralement aucune chance que tu repartes de là sans te frapper la tête su’l’volant dans une tentative ultime de te sortir leur maudit jingle de la tête tout en faisant une overdose de popcorn à volonté.

Malheureusement, on vit dans un monde qui nous désillusionne un peu plus chaque jour sur la possibilité de bénéficier d’un équilibre à peu près idéal entre couple solide et alone time, famille et carrière, fruits de mer et brochettes de porc.

Je n’étais pas dépendante dans mes relations, mais j’étais dépendante de mes relations, nuances qu’on oublie trop souvent.

Qu’on se comprenne, je n’ai jamais été abusée ou maltraitée d’une quelconque manière, mes chums ont toujours été des « bons gars », pour remâcher l’expression. En fait le problème, c’est que je me valorisais à travers mon rôle de blonde. Je ne savais pas trop ce que j’avais envie de faire plus tard, comme métier j’veux dire, et donc mes relations amoureuses occupaient l’avant-scène de ma vie. Et je pense pouvoir affirmer sans trop me vanter que j’étais une pas pire bonne blonde, la plupart du temps. Médaillée d’argent et de bronze dans les catégories respectives du support moral et de la femme de ménage/cuisinière/pis toute/pis toute. Médaillée d’or en oubli de soi.

Ça m’a pris un fichu d’bon moment avant de réaliser que je sautais d’une relation à l’autre sans même me demander si j’avais envie d’être en couple. Pourtant, LA QUESTION SE POSE.

Je n’étais pas dépendante dans mes relations, mais j’étais dépendante de mes relations, nuances qu’on oublie trop souvent. Ben oui, ça se peut d’être indépendante en couple, mais d’avoir consciemment ou non besoin d’être en couple. Dans la même ligne d’idée, je n’arrivais pas à quitter une relation sans en avoir une autre potentielle en vue.

Le célibat? Pis quoi encore?

J’ai parlé à une amie au téléphone l’autre jour. On s’est pas vues depuis belles lurettes, pis pendant les quelques minutes de frais interurbains que son budget de « backpackeuse » lui permettait, de quoi on a fini par jaser (dans une entente mutuelle implicite, s’entend)? Ben oui, des hommes! Pis ça s’est sans mentionner les trois autres amies qui m’ont écrit dans les dernières semaines pour me raconter la complexité de leurs relations amoureuses pas amoureuses mais peut-être un jour là, bref it’s complicated. T’avais vu juste avec tes relationship status, maudit Mark Zuckerberg!

Et là que j’me dit : Wait a minute Bambi, depuis quand on est devenues ces femmes-là? Depuis quand on est des pros du overthinking, qu’on maitrise désormais plus que Aunt Jemima rock la recette des parfaits pancakes? On est là à revendiquer notre indépendance pis notre droit fondamental à posséder une Makita HR5210C 2″ (ce ptit bijou mon ami.e, c’est la crème de la drill – et oui,  je l’ai googlé) sans qui aie d’homme dans maison, mais en même temps dès qu’on n’en a pas, d’homme, on fait quoi? On parle des hommes, on se remet en question, on doute de nous, on sait pas ce qu’on veut, pis ça finit pu de finir! Misère, c’pu un chum qu’on cherche, c’est un remontant pour notre confiance.

Donc, y’a un an, après ma dernière rupture, j’ai décidé de me calmer un peu. Juste pour voir.

Je ne m’épanouis plus parce que je sais réconforter mon homme à grands coups de shortcake aux fraises, mais parce que je redécouvre des passions et que j’y mets le temps.

J’vais vous épargner mes récits de couple, c’est pas important – ni intéressant. Ce qui est important c’est le after. C’est cette dernière année passée à prendre soin de moi, à m’entraîner, à me découvrir et à m’aimer, sans avoir besoin du regard d’un autre pour me confirmer que je suis lovable. Je me suis enfin posé la question à savoir si je voulais vraiment être en couple et la réponse à ma grande surprise était non! J’ai plutôt appris à être bien avec moi-même et les belles choses se sont enchaînées dans ma vie aussi vite que des matantes dans un mariage quand le DJ call un petit train. Et plus je faisais de choses pour moi, pour ma carrière, pour mon bonheur, plus j’avais envie de m’y consacrer pleinement, sans attache. Je ne m’épanouie plus parce que je sais réconforter mon homme à grands coups de shortcake aux fraises, mais parce que je redécouvre des passions et que j’y mets le temps.

J’me dis qu’après ça, ma prochaine relation ne pourra que mieux se porter. Parce qu’elle ne sera pas un besoin, maintenant que je sais que je vis bien le célibat. Elle va juste être un très beau wagon de plus à mon happy train.

On dit souvent que l’amour est une drogue, mais on oublie qui a pas juste la dépendance affective, y’a la codépendance aussi. It’s a real thing et je pense qu’il serait grand temps d’adresser le problème. Parce qu’on va se le dire, un c’est bien, mais deux c’est pas toujours mieux!

 

1 commentaire sur “Le train de l’amour

  1. tt

    / décembre 6, 2017

    Bonjour

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