Les rêves de mon père : hommage à Gicy

Texte par Philippe Boucher

Car la mort est triste mais nos pères ont plus à nous offrir que leur décès. C’est de ça dont je veux vous parler. Les rêves de mon père.

Plusieurs ont tendance à avoir des problèmes de consommation ou de mal de vivre à cause de leur enfance. Ce fût le cas de mon père. Je vais cesser de développer sur cet aspect car le passage de mon père sur cette terre dépasse tellement sa souffrance. Il est temps de lui rendre hommage, celui qu’il mérite réellement.

Mon père est mort le 17 juin 1999. À l’âge de 45 ans. 45 ans… Je ne sais pas encore si j’ai réellement vécu ce deuil immense, 19 ans plus tard. Je me rappelle encore. Assis à l’urgence avec Roseline (ma blonde), Sylvie (sa blonde) et une docteure anonyme qui n’avait aucun sens du punch. Elle a monologué pendant de longues minutes avant de nous annoncer l’inévitable.  Papa est mort. Je me rappelle des mots mais les heures suivantes sont encore floues.

Ceci clôt le bout triste. Car la mort est triste mais nos pères ont plus à nous offrir que leur décès. C’est de ça dont je veux vous parler. Les rêves de mon père.

Je n’invente rien. Barack Obama a écrit 411 pages sur les rêves de son père. Ce sera moins long. Mon père est un fils de l’éveil du peuple québécois. Au lieu de me raconter des histoires tels que Boucle d’Or ou les Fables de la Fontaine, mon père me racontait sa vie pendant la crise d’Octobre. Sa vie d’enfant ayant peur de l’autorité de son père, du jugement de ses sœurs et frères, de sa capacité à nous faire grandir et sa peur de nous faire échouer. C’était ça mon père, la peur d’échouer. C’est ce qu’il l’a empêché de vouloir sortir du lot. Il a posé des affiches pour le PQ dès les années 70. Il a aidé à l’élection de René Lévesque comme des milliers de bénévoles anonymes et la rumeur veut que je sois un bébé du 15 novembre 1976. Peut-être.

Il est l’homme de ma vie, je n’ai malheureusement pas pu lui dire à quel point je l’aimais. Je l’accepte aujourd’hui car où qu’il soit, cet homme est mon père et il sera toujours celui qui me force à me battre pour mes rêves et surtout, me battre pour l’avenir.

Mon père voulait écrire, voulait raconter, écrire des histoires et changer le monde. Il a été confronté à un choix : il a choisi sa famille. Dans ses jeans bon marché, il a pris le lift quotidien vers un gratte-ciel anonyme du grand Montréal pour travailler pour le gouvernement fédéral pendant plus de 20 ans. Bizarre destin pour un fils de la liberté!  Il l’a fait par honneur.  « Tu dois t’occuper des tiens! » disait ma grand-mère paternelle suite à l’annonce de la grossesse de ma mère.  La nuit du 15 novembre fût une célébration de liberté mais qui aurait cru que ce serait aussi  une leçon de responsabilité!

Il a été le moteur de mon enfance. Obligation de créer sur des feuilles tout en jouant quelques parties de baseball. Il était capable de chanter du Pavarotti en faisant la sauce épicée tellement piquante que l’on jouait au « dragon »!  Il chantait chaque dimanche lors de chaque levée la même chanson. « Perhaps Love » de Placido Domingo et John Denver. Sa voix résonnait dans les faux murs de notre logement de la rue Ste-Anne à Varennes. Il est l’homme de ma vie, je n’ai malheureusement pas pu lui dire à quel point je l’aimais. Je l’accepte aujourd’hui car où qu’il soit, cet homme est mon père et il sera toujours celui qui me force à me battre pour mes rêves et surtout, me battre pour l’avenir.

Les rêves de mon père? C’est ce que je dois à ma fille. Ne pas mourir avant de tout lui raconter. Car j’ai beaucoup de choses à lui dire. Je sais comment être un bon père car le mien m’a montré les deux choses fondamentales pour en être un :

Inspirer…. et ne pas partir trop vite.  Je t’aime Gicy xx

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