Le côté obscur de la consommation : Le mur de l’incompréhension

Texte par Philippe Boucher

J’en suis à mon 195ième jour sans consommation et je me dis ceci : comment comprendre la souffrance d’un dépendant sans descendre dans la grotte?

Quand j’avais 7-8 ans et encore aujourd’hui, mon Star Wars préféré était L’Empire Contre-Attaque.  Je comprends mieux aujourd’hui pourquoi après avoir suivi une thérapie.  C’est fou le subconscient!  C’est le film qui révèle qui est réellement Luke.  Luke qui doit choisir de sauver la galaxie ou sauver Han et Leïa, choisir d’affronter Vador au lieu de compléter sa formation, choisir d’entre les mots résonnant de sagesse de maître Yoda ou sa passion soudaine guidé par l’orgueil.  Avec le recul et le vécu, le moment marquant demeure pour moi l’entrée de Luke dans la fameuse grotte hanté par le côté obscur de la force.

C’est fou le subconscient je vous disais!  Toute ma vie ce sont des questions et des choix qui ont fait la personne que je suis.  Les bons et les mauvais.  Je réalise qu’avant d’avoir vécu l’enfer de la dépendance et de la consommation, je n’avais jamais réellement visité la grotte.  Cette grotte sombre, regorgeant de haine, de noirceur et de ténèbres.  J’en suis à mon 195ième jour sans consommation et je me dis ceci : comment comprendre la souffrance d’un dépendant sans descendre dans la grotte?

Lorsqu’on parle du cancer, tout le monde fait preuve de compassion.  Même ceux et celles qui ne l’ont pas vécu.  Car on écoute les gens qui ont le cancer. 

Il est la l’enjeu fondamental.  Lorsqu’on parle du cancer, tout le monde fait preuve de compassion.  Même ceux et celles qui ne l’ont pas vécu.  Car on écoute les gens qui ont le cancer.  Nous sommes à leurs côtés et nous prions pour leur survie car ce sont nos proches, notre famille ou nos ami-e-s. Personne n’a besoin de descendre dans la grotte pour voir la souffrance que cela occasionne d’être aux prises avec un cancer.  L’empathie élémentaire de chaque être humain suffit pour créer un océan de compassion autour de celui qui se bat contre le crabe sournois.   Mais quand est-il de la dépression?  De la santé mentale?  De la toxicomanie?  De la dépendance aux jeux ou à l’alcool?  L’incompréhension règne plus souvent qu’autre chose car la personne aux prises avec une maladie de ce genre veut se soulager sans aide car elle croit que ce qu’elle a vu dans la grotte deviendra son quotidien, le reste de sa vie.  La drogue, l’alcool ou n’importe quelle dépendance devient une façon de marcher dans cette grotte sans avoir la chienne de tomber sur un serpent venimeux ou un Vador en manque de taloche au sabre laser.

Ce mur, c’est celui qui nous sépare du « citoyen normal».  Comment faire comprendre à quelqu’un qui n’a pas visité la grotte ce qui nous fait choisir de consommer pour se détruire? 

Dans la vie comme dans Star Wars, tout est une question de choix.  Il faut choisir notre destin, le construire, vivre des échecs, les surmonter, recommencer, se battre, gagner.  C’est un peu ça la vie. Le problème, c’est qu’on ne vit pas dans un film!  À la fin, on ne reçoit pas de médailles de la princesse!  Après une bataille, on ne reçoit pas le réconfort de nos ancêtres qui reviennent en hologramme pendant le party avec des oursons!  C’est la vraie vie!  On doit recommencer, surmonter nos peurs, convaincre nos proches, se redonner confiance et surtout, ne pas lâcher.   Car devant nous, après la « guérison », va se construire le mur de l’incompréhension.

Ce mur, c’est celui qui nous sépare du « citoyen normal».  Comment faire comprendre à quelqu’un qui n’a pas visité la grotte ce qui nous fait choisir de consommer pour se détruire?  Difficile à expliquer, surtout à quelqu’un qui a souffert indirectement de ta consommation.  C’est ce mur que l’on doit détruire.  Pas le surmonter, le détruire.  Il est plus que temps que nous puissions faire témoigner des gens actuellement dans la grotte et qui tente de s’en sortir.  Plus que jamais, avec la légalisation du « pot » et la crise du fentanyl, il faut détruire ce mur de l’incompréhension qui éloigne nos proches.  Plus que jamais, il est temps de vulgariser notre maladie.

Nous avons de bons Jedi qui méritent leur titre de chevalier et qui parle de la consommation.  Étienne Boulay, Eliane Gagnon, Maxim Martin, Dan Bigras, etc. C’est bien que les Jedi nous parlent de comment ils ont réussi à sortir de la grotte…. Je les remercie du fond du cœur pour leur partage.  Par contre, il y a des gens dans la grotte en ce moment qui ne demande que de la compréhension et de la compassion.

Vous avez mis des enfants au monde, faudrait peut-être les écouter…  Merci Serge Fiori.

 

 

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