JE SUIS ANTHONY

Texte par Philippe Boucher

La question n’était plus si oui ou non je devais mourir.  C’était : « comment? » 

Je suis Anthony.  Tout comme 2192 personnes dans le monde aujourd’hui, Anthony Bourdain s’est enlevé la vie.  Il l’a fait comme dans la vie : publiquement.  Malgré lui sûrement.  Tout comme Dédé Fortin, Robin Williams, Kate Spade, Chester Bennington et plusieurs autres qui auraient voulu partir de façon aussi anonyme que leur souffrance. Malheureusement, cette souffrance si silencieuse est venue à bout de leur renommée, de leur réputation. Tout comme Anthony, des milliers de gens agonisent de l’âme à l’heure actuelle.  Ce fût mon cas en mars 2015.

Je revenais de Québec chez une amie. J’allais passablement mal. Je blessais tout le monde autour de moi. Je voulais tout simplement mourir. Je roulais sur la 40 et je cherchais un endroit ou « planter » mon char. La question n’était plus si oui ou non je devais mourir.  C’était :« comment?» Tout au long de la route, j’ai cherché.  Ici, dans ce poteau? Non, je pourrais blesser quelqu’un et me manquer. Et si je prenais cette sortie et me lançait dans la rivière? Je pourrais ne pas mourir tout de suite et la noyade me faisait peur. Plus ces questions se bousculaient dans ma tête, plus je pleurais mais plus j’avais fait le deuil de ma vie. Pour moi, c’était une question de temps.

Ce que j’avais pris était fatal selon les médecins.  J’y suis resté 48 heures.  J’ai décidé de faire un «fuck you » au destin et de continuer. Je n’étais juste pas tuable…

Je suis revenu à la maison, il n’y avait rien.  Plus que des meubles.  Aucune vie, aucune raison de continuer.  Je suis allé à la SAQ la plus proche, arrêté chez mon dealer…. C’en était terminé.  J’allais partir en me gelant.  Je me disais même qu’on pourrait parler de moi comme des vedettes qui sont morts suite à une overdose!  Maudit égo pareil! Même à  quelques pouces de la mort, je cherchais une façon d’épater!  J’ai alors commencé.  J’ai consommé. Rien. J’ai continué. Rien. Je respire encore. Comment ça?

Je pensais à ma cousine qui se battait contre le cancer et qui gagnait sa lutte contre cette maladie au quotidien.  Pourquoi pas moi? Pourquoi Dieu a-t-il fait ce choix? Ma cousine a deux enfants magnifiques, un mari aimant… et elle doit lutter. Moi?  Père totalement indigne, toxicomane et qui n’a plus le goût de savourer la vie, elle me lève le cœur. Dieu était le pire des cabochons dans mon esprit. Malgré tout, j’ai essayé. Encore.

J’ai finalement atterri à l’hôpital de Gatineau en avril 2015 escorté par deux policiers alors que j’étais dans ma voiture. Ils m’ont accusé de conduite avec facultés affaiblies mais ils m’ont sauvé la vie. Ce que j’avais pris était fatal selon les médecins.  J’y suis resté 48 heures. J’ai décidé de faire un «fuck you» au destin et de continuer.   Je n’étais juste pas tuable…

Aujourd’hui, je pense à Anthony.  Je pense à ceux et celles que j’ai côtoyé dans la vie et qui ont mis fin à leur jour.

Pourquoi j’en parle aujourd’hui? Parce que depuis que j’ai commencé à rédiger ce texte, il y a 78 personnes qui se sont enlevés dans la vie sur la planète. Parce qu’ils ont mal. Câlissement mal. J’ai voulu me tuer. J’ai voulu mourir. En fait, ce que je voulais, c’est cesser d’avoir mal et le seul remède que j’ai cru apercevoir à mon mal, c’était la mort. Je n’ai pas réussi. Je vous écris aujourd’hui.

Aujourd’hui, je pense à Anthony.  Je pense à ceux et celles que j’ai côtoyé dans la vie et qui ont mis fin à leur jour. Je pense à ceux qui sont partis trop tôt mais je pense aussi à ceux qui liront cette lettre et qui pourraient avoir une pensée de commettre l’irréparable.

Je ne suis pas prétentieux. Dans ma situation il y a 3 ans, j’aurais lu cette lettre sans que ça m’aide réellement.  Par contre, je l’ai écrit en me disant que si je l’avais lu, elle m’aurait assez fait réfléchir pour me poser la question suivante :« si lui a été capable de s’en sortir, d’écrire cette lettre et me faire réfléchir,  pourquoi pas moi?»

Ben oui criss, t’es capable… xx

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